Les françaises : des mères médiocres ?

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Les françaises sont des mères médiocres si l’on en croit les injonctions de plus en plus fortes qui sont faites au jeunes mères françaises et leur absence actuelle de résultat dans les statistiques. Pression pour plus d’allaitement maternel, pour que les femmes restent à la maison les premières années de leur enfant, pour qu’elles consacrent leur temps et leur énergie à rentrer dans le moule de la mère mythique, sainte des saintes, seule compétente et seule responsable de l’éducation de sa progéniture.

Je vous livre ici une chronique du dernier ouvrage d’Elisabeth Badinter :  Le conflit, la femme et la mère qui met à jour avec beaucoup de talent et d’arguments la guerre idéologique souterraine qui se livre actuellement derrière le retour en force du naturalisme. Un livre à lire d’urgence par toutes les femmes, qu’elles soient mères ou pas.

 

Les ambivalences de la maternité

Avant les années 70, toute femme mariée apte à procréer le faisait sans trop se poser de questions : c’était un instinct, un devoir religieux, un dû à la survie de l’espèce.

Pourtant le désir d’enfant n’est ni constant ni universel : certaines en veulent, d’autres n’en veulent pas. De plus, mettre un enfant au monde est un engagement à long terme. Pourtant, la raison pèse peu dans la décision d’engendrer : la plupart des parents ne savent pas pourquoi ils font un enfant. En fait, la décision relève le plus souvent du normatif : une femme sans enfant parait toujours une anomalie. Quelle drôle d’idée de ne pas faire d’enfant et d’échapper à la norme ! Celles-là sont constamment sommées de s’expliquer.

Pourtant, rares sont les couples qui se livrent lucidement au calcul des plaisirs et des peines, des bénéfices et des sacrifices. Il semble qu’un halo illusoire voire la réalité. De ce fait, peu de mères sont préparées au bouleversement que représente la venue d’un enfant :  l’autre revers de la médaille c’est l’épuisement,  la frustration, la solitude voire l’aliénation avec son cortège de culpabilité. Car la maternité et les vertus d’altruisme qu’elle suppose ne va pas de soi.

Par ailleurs, l’injustice ménagère persiste dans les couples : l’arrivée de l’enfant alourdit les heures domestiques de la femme, alors que l’homme continue à s’investir davantage dans le travail professionnel.

 

Mères, vous leur devez tout : votre lait, votre temps et votre énergie !

Retour aux vieux discours sur “l’instinct maternel”, aux couches lavables, à l’importance vitale de l’allaitement maternel… l’idéologie dominante est redevenue : “mères, vous leur devez tout !”.

Dommage : au moment ou la femme occidentale parvient à se débarrasser du patriarcat, elle retrouve un nouveau patron à la maison ! Fini également le partage des rôles parentaux dès la naissance avec le biberon.

Par ailleurs, on attend aujourd’hui d’une mère qu’elle consacre autant de soins à 2 enfants que jadis à 6. Les femmes se retrouvent par ailleurs au cœur d’une lourde contradiction :

- les partisans de la famille traditionnelle blâment la femme qui travaille,

- l’entreprise lui reproche ses maternités répétées,

- la maternité est toujours considérée comme la plus importante réalisation de la femme, mais reste dévaluée socialement. Les mères aux foyer se retrouvent sans revenu et privées d’identité professionnelle. “Que faites-vous de vos journées ?” leur demande-t’on.

- la fatigue, le manque de sommeil et les sacrifices des premières années ne sont pas propices à la vie amoureuse

- la mère peut se sentir écartelée entre son amour pour son enfant et ses désirs personnels de liberté, d’indépendance, d’accomplissement dans son couple et sa carrière.

 

La grève des ventres

Dans les pays les plus touchés par la baisse de la natalité, on observe la conjonction de 2 facteurs :

1 – La prégnance sociale du rôle de la bonne mère avec son image d’Epinal.

2 – L’absence d’une politique familiale coopérative pour les femmes. Ce second point découle en fait du précédent.

Ainsi l’idéal de la bonne mère est écrasant en Allemagne, en Italie et au Japon (pays où les taux de natalité sont  les plus faibles). La Mutter, la mamma et la kenbo donnent une image mythique de la mère, à la fois sacrificielle et toute puissante. Dans ces pays, confier son enfant à une crèche ou une nounou est une condamnable désertion maternelle qui vous vaut la désapprobation de la société en plus de celles de votre mère et de votre belle-mère.

 

Le cas des mères françaises : des “mères médiocres ?”

La mère française suscite la réprobation des psychologues.

D’après les statistiques, elle n’est guère enthousiaste à l’idée de rester à la maison pour allaiter : la française figure au dernier rang du palmarès de l’allaitement maternelle.

Ensuite, elle “abandonne” ses enfants à la crèche ou aux bras d’une nounou. Comme la mère nordique, la française compte parmi les plus hauts taux d’activité professionnelle en Europe. Elle a de plus une particularité qui en plus la distingue : elle continue à travailler à temps plein après la naissance du 1er enfant.

Le taux de fécondité des françaises est une curiosité pour les démographes du monde entier. La forte natalité de la population immigrée n’est pas une explication valide car  les filles d’immigrés nées en France ont la même fertilité que les autres.

Plusieurs facteurs d’explications sont alors avancés :

- l’école maternelle gratuite accueille les enfants dès l’âge de 3 ans (c’est loin d’être le cas dans tous les pays),

- la plupart des enfants naissent aujourd’hui hors mariage et sont bien acceptés,

- de plus en plus de femmes envisagent une grossesse après 40 ans,

- la politique familiale française est originale est parmi les plus généreuses puisqu’elle figure au 3ème rang des pays de l’OCDE. Cette politique respecte à la fois les femmes qui veulent interrompre leur activité à la naissance de leur enfant et celles qui souhaitent continuer leur activité professionnelle. Rappelons malgré tout que la situation de la mère française est loin d’être idyllique.

- la femme française hérite d’un modèle né au XVIIIème siècle dans les hautes classes sociales et dont le principe était : “la femme avant la mère”.   Une femme était avant tout une épouse, puis une personne avec des devoirs sociaux et seulement après, une mère. Bref, son identité ne se résumait pas (mais alors pas du tout !) à la maternité. Il fallait même être une véritable marâtre pour subir l’opprobre.

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Il se livre depuis 30 ans une véritable guerre idéologique souterraine. Avec le retour du naturalisme, le concept bien usé d’instinct maternel fait l’éloge du machisme et du sacrifice féminin. Les françaises sauront-elles continuer à imposer leurs désirs et leur volonté contre le discours rampant de la culpabilité ?

 

le conflit Mon vrai coup de cœur de l’année,  Le conflit, la femme et la mère lance un gros pavé dans la mare. Il m’a fait prendre conscience du conditionnement social dans lequel je baignais (voir me débattais) en tant que mère. A lire absolument avant de décider quel genre de mère on veut devenir (si on veut l’être)… en toute conscience et en toute liberté.

Creative Commons License photo credit: ODHD



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4 commentaires pour “Les françaises : des mères médiocres ?”

  1. Hervé 23 mai, 2011 13 h 18 min

    En tant que psychologue, je suis affligé, mais pas étonné que ma profession puisse servir de relais idéologique. La culpabilisation des mères est un bon vieux poncif freudien du début du 20è qui est d’autant plus vivace qu’il porte cruellement chez beaucoup de femmes, même s’il est totalement crétin.
    La route est longue, faut croire…

  2. Miaou -isabelle 23 mai, 2011 20 h 48 min

    J’ai chiné dernièrement 3 volumes de l’hebdomadaire de « La famille  » de 1896 1894 et 1904 et déjà sous d’autre termes la polémique existait fortement.
    Il s’agissait alors allaitement « mercenaire » par des nourrices rémunérées, la mise en nourrice des bébés qui revenait au foyer vers 3/4 ans, les femmes qui choisissaient d’étudier ou de travailler étaient vilipendées
    Par contre ayant choisi d’allaiter dans les années 80, on (mon environnement, la gent médicale n’ont pas cessé de me mettre les baton dans les roues pour allaiter : j’ai allaité mes 3 enfants avec un infini plaisir
    et je constate encore parmi mes amies en age de procréer que au delà des discours les « imbécilités « sur l’allaitement ont la peau dures
    Je ne parle pas du choix voulu de rester à la maison ou on est une moins que rien au yeux de la société ( même si un bilan de compétence a juger mes activités bénévoles annexes dans les associations concernant les enfants à un mi-temps) et reprendre un emploi après 10 ans (pour 3 enfants ) a été pour de nombreuses amies un parcours du combattant même avec de sérieux diplômes actualisés.

    Notre choix a été un choix de couple avec ses conséquences (maison moins grande dans un quartier plus populaire, une seule voiture quelques années etc ..)
    Avec le « retour » de mes 3 désormais adultes d’enfants je ne regrette pas une seconde nos choix mais j’étais heureuse dans nos choix !

    Même retours très très positifs de mes amies qui avec deux enfants n’ont pas cesse de travailler (mais a 3/4 temps quelques années)

    Il faut être heureux pour rendre heureux.

    Donc il faut être assez mature (ou inconsciente ?) pour aborder ses choix avec foi envers et contre la bêtise humaine

    Pour celles qui liraient ma réponse et sont Femmes au Foyer par choix je vous indique l’excellent forum et association (le forum ne nécessite pas d’adhérer à l’association) http://www.femmaufoyer.net/index.php

    Et puisse les femmes avoir les choix : n’être pas cloitrée a la maison car le chômage règne et ne pas travailler a l’extérieur si on aimerait voir les premiers pas de ces bouts d’chou (quoiqu’une vrai nounou ne vous dira pas qu’il a marché la 1ere fois chez elle ^^)

    Quand a Badinter , je l’ai apprécier dans les années 70, desormais elle m’exaspere !

  3. canne de marche 3 juillet, 2011 17 h 38 min

    Bonjour à tous,
    Je trouve votre blog, et plus particulièrement votre article vraiment intéressant. Je vous souhaite bonne continuation !

  4. Monalisa 10 juillet, 2011 12 h 28 min

    @Hervé : merci de nous rappeler que tous les psychologues ne culpabilisent pas les mères…
    @Miaou-Isabelle : merci pour ce superbe témoignage.
    @canne : merci pour le retour encourageant !

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