Comment être heureux en toutes circonstances

Intense Storm Clouds at Sunset

Le vent glacial de Janvier s’engouffrait dans le wagon sans vitres et sans électricité qui parcourait la région du Bihar. Emmitouflé dans une couverture, fiévreux, souffrant d’un lumbago, Matthieu Ricard réalisa soudain qu’il venait de se faire subtiliser son ordinateur portable et avec lui, son travail du mois précédent. Le moine songea un instant au décalage entre sa situation inconfortable et le sentiment de félicité et de liberté totales qu’il ressentait au même moment. Il se mit à rire tout seul dans le noir.

Si Matthieu Ricard nous raconte cette expérience dans Plaidoyer pour le bonheur, c’est que pour lui, il est possible d’être heureux en toutes circonstances.

D’ailleurs, d’après des études, la majorité des personnes frappées de cécité ou de paralysie  retrouvent rapidement leur degré de bonheur antérieur. De même une étude portant sur 128 tétraplégiques a montré que la majorité estimait avoir une “bonne” vie 1 an après l’accident.

Alors peut-on vraiment être heureux lorsque la maladie nous touche ? Au fin fond d’une prison ? Lorsque l’on vient de perdre le travail d’un vie ? Personnellement, je m’en sens incapable.  Mais pour l’auteur, il est possible de devenir invulnérable aux circonstances extérieures par la maitrise de son esprit. Il nous explique qu’on peut éprouver de la tristesse ou de la souffrance, mais sans jamais perdre un sentiment de plénitude.

Ainsi lorsque la tempête fait rage à  la surface d’un océan, le calme demeure dans les profondeurs. Le sage sait rester relié aux profondeurs alors que vous et moi nous retrouvons perdus et ballotés par les vagues de la souffrance.

Quel programme et quelle promesse !

Concrètement, il nous détaille 3 façons de parvenir à cette maitrise.

1 – Observer la source des pensées

Dans cet article, j’ai déjà parlé de cette méthode que je trouve en effet extrêmement efficace pour peu qu’on veuille bien prendre le temps de l’utiliser.

2 – Ne pas céder à ses poisons mentaux comme la haine, la colère qui s’emballe et s’empare de nous, l’orgueil, le désir (celui qui devient obsession et attachement incontrôlable), la jalousie…. L’expérience montre en effet que les émotions perturbatrices gagnent en puissance dès qu’on leur donne libre cours.

3 – Renforcer ses émotions positives comme la bonté, la compassion et l’altruisme. Ainsi, des recherches en psychologie positive montrent que :

  • la joie qui accompagne un acte de bonté désintéressé procure une satisfaction profonde,
  • les personnes qui se déclarent les plus heureuses sont aussi les plus altruistes,
  • lorsqu’on est heureux, on est plus ouvert aux autres,
  • ceux qui ont connu la dépression affirment que donner de l’amour et en recevoir fût un facteur de leur guérison.

La population occidentale compterait environ 15% d’altruistes “vrais”. Ce sont les gens qui aident même s’il leur aurait été facile de détourner le regard ou d’éviter d’intervenir sans que personne ne le sache. Et pour eux, c’est le résultat qui compte plus que la satisfaction d’avoir aidé.

Les “faux altruistes” eux aident :

  • par désir d’être loué,
  • par crainte du jugement que l’on porte sur eux,
  • pour éviter le sentiment du culpabilité,
  • parce qu’ils ne supportent pas la détresse qu’ils éprouvent devant la souffrance des autres. ce qu’ils s’empressent surtout de faire, c’est de de désamorcer leur propre tension émotionnelle.

On a pas tous les jours l’occasion d’aider son prochain. C’est pourquoi l’auteur nous propose simplement de méditer sur les souffrances des autres et de leur souhaiter d’être heureux.

J’ai testé cette dernière méthode dans une période de découragement et ça a bien marché. J’ai trouvé qu’elle permet de se décentrer de ses petits malheurs. Ca a même stoppé net mon envie de m’apitoyer sur mon sort.

Par contre, Matthieu Ricard va encore plus loin et parle de sacrifier sa vie pour celle d’un autre, “d’échanger (en méditation) la souffrance des autres contre son propre bonheur ”  mais sans négliger son bien-être (?). Il cite même Shantideva :

“Tous ceux qui sont malheureux le sont pour avoir cherché leur propre bonheur;

Tous ceux qui sont heureux le sont pour avoir cherché le bonheur des autres.”

A mon avis, on délire complètement ici. Ca me dégoûte même carrément de faire l’expérience de la sainteté. Je préfère donc m’arrêter à la ceinture marron de la maitrise de l’esprit pour le moment. Et vous, ça vous branche ce genre d’idées ?

 

Dommage cette apologie du sacrifice ! Le livre a par ailleurs beaucoup de qualités (et de bon sens) pour peu qu’on ait du temps et des neurones pas trop fatigués à lui consacrer.

 

 

plaidoyer pour le bonheur - Matthieu Ricard

Creative Commons License photo credit: MAMJODH



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9 commentaires pour “Comment être heureux en toutes circonstances”

  1. Moment Présent 9 mai, 2011 16 h 37 min

    J’adore Matthieu Ricard car son passage d’un monde purement cartésien à un monde spirituel est très inspirant.

    Il faut pas oublier qu’il travaille sur lui depuis 40 ans alors se comparer serait vain donc c’est pourquoi on peut être réactivé par des propos sur l’altruisme désintéressé quand on a pas travaillé sur le subconscient.

    La pensée positive et le moment présent se sont de la nourriture et de l’engrais pour un jardin… Oui les fleurs sont plus belles mais il faut pas oublier d’enlever les mauvaises herbes.

    merci pour l’article

    _/\_

  2. www.fuzz.fr 10 mai, 2011 11 h 49 min

    Comment être heureux en toutes circonstances | Le bonheur pour les nuls…

    Le vent glacial de Janvier s’engouffrait dans le wagon sans vitres et sans électricité qui parcourait la région du Bihar. Emmitouflé dans une couverture, fiévreux, souffrant d’un lumbago, Matthieu Ricard réalisa soudain qu’il venait de se faire subtili…

  3. corinne 13 mai, 2011 17 h 05 min

    Je préfère le « nous ne sommes pas notre mental » d’Eckhart Tolle et ce qui en découle. Nous ne sommes pas cette voie dans notre tête ni ces bavardages. Ça me parle plus. A partir de là il m’est plus facile de ne plus m’identifier au mélodrame, aux colères, aux peurs … de l’ego ou du corps de souffrance. et parce que j’ai la possibilité de ne plus être sous le jougs de ces constructions de mon mental; je peux être heureux en toute circonstance.
    Merci pour cet article et tous les autres
    Corinne

  4. Monalisa 16 mai, 2011 11 h 39 min

    @Corinne : Eckhart Tolle me parle également beaucoup. J’aime le côté simple et laïque de son discours. Hum ! J’ai décidément des lecteurs qui en connaissent un rayon sur le sujet…

  5. Mestizaje 20 mai, 2011 12 h 24 min

    Je ne connais pas bien Matthieu Ricard ni la philosophie bouddhiste donc mon commentaire est vraiment celui d’une néophyte totale.
    Je ne suis pas du tout dans l’idéologie du sacrifice, mais je me rend compte, en plus, que je suis une fausse altruiste ! Non pas que je donne pour recevoir ou pour entendre des louanges sur moi, mais oui, je « donne » en partie parce que le malheur d’autrui me fait me sentir mal ! Je pensais que cela avait à voir avec l’empathie… MINCE !
    Blague mise à part, cela me fait me poser des questions sur moi-même !

    Par ailleurs je redécouvre ton blog grâce à la newsletter reçue aujourd’hui, et bravo pour le contenu qui est je trouve de très très bonne qualité !

  6. Monalisa 23 mai, 2011 10 h 52 min

    @Mestizaje : merci pour le retour sympathique sur la newsletter !

    Je suis aussi surprise que toi au sujet de la détresse éprouvée devant la souffrance des autres. J’aurais dis moi aussi que ça se rapprochait de l’empathie.

    Mais peut-être que la détresse dont il parle est celle dû à la peur de se retrouver dans la même situation. Ce serait donc une souffrance liée à soi-même plus qu’à l’autre…

  7. annick 9 décembre, 2012 9 h 47 min

    Bonjour,
    Ton article est extraordinaire et je vis ce que tu écris…!!
    Je me sens malheureuse car je suis handicapée des jambes et je le vis très mal…jusqu’à présent,je pratiquais la méditation « de pleine conscience » mais cela ne va plus…Mon mental me joue des tours…
    pourriez-vous me donner un conseil pr retrouver des « instants de bonheur »
    ou une pte parole réconfortante qui me donne chaud au coeur…!
    Je vous remercie infiniment d’avance…!
    Très chaleureusement
    annick

  8. Monalisa 10 décembre, 2012 12 h 10 min

    Bonjour Annick,

    Merci pour ton témoignage. Je ne me sens hélas pas capable de donner des conseils à qui que ce soit pour être heureux. Je suis avant tout une lectrice qui partage ses lectures.

    Mais selon le livre de Matthieu RICARD et les études en psychologies positives, il est très possible d’être handicapé ET heureux. Donc il existe une chemin… je te souhaite de tout coeur de trouver le tien le plus vite possible.

    Très chaleureusement,

    Mona Lisa

  9. Chougare 4 mars, 2014 14 h 45 min

    Bonjour!

    Je découvre votre blog aujourd’hui au fil d’une cyber-errance et j’aime beaucoup les réflexions que j’y trouve, d’où qu’elles viennent. J’aime ces parties de ping-pong entre vous et vos lecteurs, la réflexion qui nait de la critique et qui, en fait, n’est que partage!

    J’ai écris un jour de détresse « Etre heureux grâce à nous et non à cause des autres ».
    Depuis, quand j’ai un bas, je répète cette phrase et me remet dans le « 90% qui vient de moi », de ces décisions simples de retrouver nos sérénités qui ont la fâcheuse tendance à s’évaporer au milieu de notre société.

    Quoi qu’on me fasse subir, il ne tient qu’à moi de l’analyser de manière constructive. Pas si compliqué somme toute, avec un peu de pratique!

    Et quand quelque chose me dépasse, eh bien j’accélère! :)

    Merci pour ce blog et peut-être à bientôt!

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